Témoignages d'enfants de la guerre d'Espagne

Entretien avec Aurelia Freire-Moyà

 

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Entretien avec Aurelia Freire-Moyà

Aurelia MOYA-CANALS, née en 1925 à Arbeca (Lleida, Catalogne), fête ses quatorze ans lorsqu’elle traverse la frontière pyrénéenne en janvier 1939. Elle est une enfant très vive – l’une des rares de son village à être admise au Lycée de Lleida, où, pour cause de guerre (1936-1939), elle ne pourra faire sa rentrée. C’est à travers le microcosme de son village d’Arbeca qu’elle saisit les changements qui se produisent en Espagne et ce avec d’autant plus d’acuité que son père est nommé « Juge Municipal » en 1934. Toutefois, au moment de l’épouvantable Retirada et de sa traversée des Pyrénées avec sa mère, sa tante et tous les petits, elle est loin de penser que c’est sans retour. Un convoi ferroviaire de femmes, enfants, vieillards, les conduira, jusqu’aux contreforts des ballons des Vosges, en Haute-Saône. Là les Espagnols sont répartis dans plusieurs villages : Sainte-Honorine, Saint-Sauveur, Conflans, Amblans, Lure, Gray, etc. Aurelia et les siens aboutiront à Plancher-Bas ; elle conserve des souvenirs heureux des quelques mois passés là. Reçue dans une famille française, bien scolarisée, aidée par son instituteur, elle apprend vite le français. Mais, en septembre 1939, quand se déclare la Seconde Guerre mondiale, on regroupe les réfugiés espagnols à Miellin (plus de cinq cents) au fond de la vallée de la Doue de l’Eau, dans un « centre d’accueil » triste, sombre, glacial, très insalubre – une usine de textile désaffectée à l’écart du village. Le pire, pour Aurelia, c’est qu’il n’y a pas d’école. En 1940, elle dessine le « camp de Miellin ». De même qu’elle tient un journal « personnel » (mais non « intime »). Il ne s’agit pas de s’épancher mais de garder mémoire de l’exil. Le dessin représente les châlits des dortoirs. Soixante-dix ans après la traversée de la frontière, le 25 septembre 2011, Aurelia a eu la joie d’assister à la pose d’une plaque commémorative face à l’entrée du « camp » en présence du préfet de la Haute-Saône. Un vœu qui lui était cher et pour lequel elle a œuvré en tant que présidente de l’association des anciens de Miellin.

 

Conflit : Guerre d'Espagne
 
Auteur : BAUDON, Guy (2011)
Date : 2011
Mots clés :  L'enfant qui se dessine lui-mêmeguerreexildessinenfanceremémoration
Droits : Droits cédés par Guy Baudon et Aurelia Freire-Moyà


 

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