Dessins des enfants de Montmartre

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Les quelque 1150 dessins d’enfants que possède le Musée du Vieux Montmartre constitue une collection unique et exceptionnelle pour atteindre au plus près l’expérience enfantine de la Grande Guerre. La société archéologique et historique des IXe et XVIIIe arrondissements, qui possède le Musée du Vieux Montmartre, avait l’habitude d’organiser des concours de dessins d’enfants, en collaboration avec les instituteurs.

 

L’entrée en guerre en 1914 et les bouleversements qu’elle induit dans la vie des écoliers incitent l’association à organiser un nouveau concours de dessins qu’elle collecte puis conserve au Musée. Elèves du cours supérieur, les garçons de l’école de la rue Sainte-Isaure ont réalisé ces travaux en classe, souvent pour illustrer leurs rédactions.Il s’agit donc de dessins de commande, répondant à un sujet imposé par l’instituteur. C’est pour cette raison qu’ils sont la plupart du temps titrés, datés et signés.

Le Musée de Montmartre possède également une autre série de dessins : ceux réalisés par des écoliers beaucoup plus jeunes, élèves de la huitième classe à l’école de la rue Lepic. De facture très différente, moins travaillés, peut-être plus spontanés, ces dessins complètent très utilement les précédents en nous permettant d’élargir le spectre de la classe d’âge étudiée : les jeunes dessinateurs ont entre 6 et 13 ans, c'est-à-dire qu’ils sont exactement dans la tranche d’âge de la scolarisation obligatoire à l’époque. Le fait qu’il s’agisse de garçons n’a rien de négligeable : le poids de la division sexuelle des rôles dans la société de 1914 pèse aussi sur les enfants et implique que filles et garçons ne vivent pas la Grande Guerre de la même façon ; cette barrière du genre influe nécessairement sur leur manière de représenter la guerre.

 

Surtout, ces écoliers sont des petits Parisiens et cette localisation n’est pas anodine. Le monde de l’arrière n’est pas uniforme : vivre la guerre en ville ne constitue pas la même expérience que de passer le temps du conflit à la campagne. De surcroît, pour une ville de l’arrière, la capitale est plus exposée que les autres aux attaques aériennes ou aux pénuries alimentaires. Paris fait l’objet d’une mobilisation particulière. La ville se transforme : elle se couvre d’affiches de rationnement, se peuple d’abris anti-aériens, les vitres et les carreaux sont peints en bleu tandis que devant les boutiques les files d’attente font leur apparition. Les dessins des enfants de Sainte-Isaure évoquent donc une guerre et un mode de vie à part, ceux de Paris, et plus encore ceux de Montmartre.

 

Par son importance numérique, sa variété et son parfait état de conservation, cette collection est donc particulièrement remarquable. Elle offre à l’historien un moyen inespéré d’atteindre le cœur de l’expérience guerrière de ces enfants, et d’entendre une « parole » habituellement condamnée au silence faute de sources. Les dessins de Sainte-Isaure nous renseignent bien sûr d’abord sur l’école de la guerre ; mais on y voit aussi l’expression personnelle de chacun des petits dessinateurs. Ils y disent leur vie, leurs sentiments, leur propre vision du conflit. Bien sûr, ces dessins sont le fruit d’une sélection faite par l’instituteur et le directeur du Musée de Montmartre de l’époque ; sans doute proviennent-ils des meilleurs élèves de la classe. Cependant on y retrouve des invariants graphiques, picturaux ou psychanalytiques propres à l’enfance et qui dépassent leur singularité. Sans nier leurs particularités individuelles ou leur spécificité géographique (Paris), ces dessins émanent d’abord d’enfants et peuvent être, à ce titre, considérés comme représentatifs d’une classe, d’une ville, et plus encore d’une génération.

 

4 thèmes :

  • Thème 1 : La mobilisation scolaire
  • Thème 2 : L’absence des pères
  • Thème 3 : Représenter la violence de combat et ses effets sur le corps
  • Thème 4 : Le bouleversement de la vie quotidienne (le froid, la faim et Paris sous les bombes)

 

Merci à Parigramme qui a la courtoisie de nous laisser exploiter gratuitement ses clichés