L'enfant-combattant. Pratiques et représentations - Colloque

 

01- Manon Pignot - Introduction

Le programme Enfance Violence Exil a choisi d’inaugurer son cycle de colloques par l’étude d’un « objet historique non identifié » : l’enfant-combattant. Non identifié, en effet, en dépit de l’image bien connue, trop connue peut-être, de l’enfant-soldat, utilisée massivement par les média, voire parfois par la publicité. Cette image bien connue, c’est celle de l’enfant-soldat victime absolue des guerres contemporaines, dont la réalité est attestée par les chiffres de l’UNICEF : il y a aujourd'hui entre 250 000 et 300 000 enfants-soldats impliqués dans des conflits inter ou intra-étatiques. Pourtant, en dépit de cette omniprésence de la figure de l’enfant soldat dans l’espace public, on ne peut que constater qu’elle est loin de constituer un champ d’études pour les historiens, historiens de l’enfance comme historiens du phénomène guerrier (à l’exception peut-être des jeunes volontaires de la « dernière armée d’Hitler » affrontant l’Armée Rouge dans les ruines de Berlin). L’organisation de ce colloque est donc partie de ce constat, celui d’une « désertion » de ce champ d’études par la science historique, au contraire de nombreuses autres disciplines dont nous avons la chance d’avoir aujourd'hui des représentants éminents : sciences politiques, sociologie, psychologie, littérature.

L’ambition de ce colloque n’est évidemment pas de s’interroger sur ce silence historique, ou plutôt historien : il est finalement assez peu intéressant en soi et il s’explique sans doute par une certaine frilosité vis-à-vis de ce qui touche au spectacle de la violence extrême – et celle perpétrée sur et par des enfants en est une, assurément. L’ambition de ce colloque est bien l’objet « enfant-combattant » en lui-même ; par ce premier colloque nous espérons donc poser des jalons pour une étude interdisciplinaire de l’implication enfantine dans les phénomènes guerriers passés et actuels. Parce que la recherche historique est encore, sur ce thème, balbutiante, cette introduction se bornera principalement à poser des questions auxquelles les communications permettront de répondre.