L'enfant-combattant. Pratiques et représentations - Colloque

 

03- Alejandro Rabinovich - Les fils de la guerre. Le "naître soldat" du Rio de la Plata révolutionnaire - 1806-1830 (vidéo)

Le présent travail aborde le problème de l’enfance combattante dans le cadre de la guerre révolutionnaire du Rio de la Plata, au début du XIXème siècle. Du point de vue de l’historien, le cas choisi offre un avantage : avant le commencement du cycle guerrier dont traitent les pages suivantes, la population locale du Rio de la Plata n’avait eu qu’une très faible expérience militaire. Ceci fit que le problème de la participation à l’effort de guerre soit posé par les autorités en termes d’une transformation générale des hommes et des enfants, qui devaient être formés à l’image de la guerre d’après un programme éducatif et disciplinaire très ambitieux mais en même temps très précis et transparent. Cette circonstance permet d’identifier facilement un certain nombre de discours, de dispositifs et de pratiques conçus spécialement pour favoriser l’insertion des enfants au phénomène guerrier.

Le Rio de la Plata était vers la fin du XVIIIème siècle une colonie de deuxième ordre parmi les possessions de la Couronne espagnole. Très large mais faiblement peuplée, cette vice-royauté s’étendait sur les actuelles républiques sud-américaines d’Argentine, Uruguay, Paraguay et Bolivie. Ses frontières avec les Portugais du Brésil et avec les Indiens non-soumis ayant été relativement pacifiées dès les années 1770, les effectifs militaires y étaient peu nombreux, mal équipés et mal considérés par la société locale, qui refusait systématiquement toute collaboration significative avec le système défensif colonial.

Cette situation bascula dramatiquement en 1806 et 1807, lorsqu’à deux reprises ­­– dans le cadre plus large des guerres européennes – des corps expéditionnaires britanniques s’attaquèrent à Buenos Aires, capitale de la viceroyauté, et à d’autres villes de la région. Face à l’attaque extérieure les forces régulières de la couronne s’effondrèrent et la tâche de la résistance tomba largement sur les épaules de la population locale. Celle-ci se militarisa de manière rapide sous la forme de milices volontaires et finit par chasser l’occupant britannique. Cette nouvelle configuration armée de la société dérangea gravement les rapports de force locaux et servit de base aux mouvements révolutionnaires de 1810, qui donnèrent l’indépendance aux républiques sud-américaines.

Or, la guerre contre l’Espagne et les royalistes fut extrêmement longue et sanglante, se prolongeant dans toute une série de luttes civiles internes difficiles à arrêter. Pour faire face à ce défi, le gouvernement révolutionnaire de Buenos Aires se lança décidemment dans la voie de la guerre, avec une volonté explicite d’imposer la militarisation complète de la société. Les conséquences de cet essai furent très durables, l’état de guerre s’étendit de manière presque ininterrompue sur un demi-siècle, et les nouvelles générations forgées dans le feu de la guerre connurent une existence toute martiale leur vie durant.