L'enfant-combattant. Pratiques et représentations - Colloque

 

06- Emilie Medeiros - La perspective de la psychologie culturelle (vidéo)

Le phénomène des dits enfants soldats a récemment attiré l’attention des médias occidentaux en touchant directement à la fascination morbide de leur public. De chez eux, ils ont découvert un symbole de fin de civilisation au travers de l’inconcevable : l’existence de figures angéliques barbares. Le concept médiatique a, par la suite, suscité un nouvel intérêt académique proliférant.

Le problème évoqué dans cette communication concerne la vision unilatérale de la communauté scientifique qui conceptualise la participation précoce aux groupes armés au travers de la lentille sensationnaliste enfants soldats, et ses idéologies sous-jacentes sans questionnement sur sa validité scientifique.

 

En effet, le cadre d’analyse enfants soldats est une création médiatique des années 1980 dont la communauté internationale ne se saisira officiellement que bien plus tard, au travers du rapport de G. Machel (1996). Il en est de même de l’intérêt récent de la littérature académique. Une revue des publications scientifiques sur le sujet met en évidence l’omniprésence de l’utilisation du cadre enfants soldats et ses postulats de manière unilatérale sans avoir théorisé au préalable la problématique des très jeunes participants dans les groupes armés (Medeiros 2008). Par conséquent, la compréhension scientifique existante apparait biaisée par un ensemble d’à priori qui a pour effet de pré- positionner l’analyse produite par ces recherches.

Le manque de questionnement sur les fondements du concept médiatique pose problème à plusieurs niveaux. Tout d’abord, la méthodologie de ces recherches est souvent dérivée d’un point de vue occidental. En ignorant les valeurs et le sens culturel attribué à l’expérience, elles assument fondamentalement l’utilisation de concepts universels et aculturels de la participation précoce aux groupes armés. A ce titre, cette expérience est placée tantôt au sein d’un discours victimisant où les jeunes participants seraient passifs, sans agency, et dans l’incapacité de faire des choix légitimes - leur innocence assumée devrait ici être protégée de toute forme d’engagement social ou politique et de responsabilité criminelle- Tantôt les recherches positionnent l’expérience enfants soldats sur un discours moralisateur, diabolisant leur participation. Celle-ci se voit être criminalisée sur fond d’une certaine « panique morale » de l’occident. En effet, les anxiétés culturelles telles que l’impossibilité de concilier violence et conceptions de l’enfance héritées du culte de l’enfance, lui sont propres (Boas 1966, James and Jenkins 1997). Suivant des processus similaires à ceux pointés par Douglas (1966), les participants non- conformes à ces catégories sociales sont alors déshumanisés et la violence de ces enfants est conçue comme illégitime et transgressive. Ainsi, cet ensemble de postulats sur une population perçue comme victime de cette affiliation sociale, ne peut que les conduire à condamner leur expérience au sein des groupes armés.

Néanmoins, on sait peu de choses sur la manière dont ces a-priori interagissent sur les positionnements des jeunes vis-à-vis de leur expérience. Il semble donc par conséquent nécessaire de contraster les postulats existants sur la participation précoce aux groupes armés prévalent au sein de la communauté scientifique, et la perspective des jeunes concernés sur leur expérience.