L'enfant-combattant. Pratiques et représentations - Colloque

 

07- Charlotte Lacoste - L'enfant soldat dans la fiction contemporaine (vidéo)

L’enfant soldat a fait ces dernières années une apparition remarquée sur la scène littéraire, artistique et médiatique, et d’autant plus remarquable qu’elle charrie dans son sillage un paradoxe : modèle d’une humanité lacérée, déniée, réduite à néant, l’enfant soldat, moignon d’homme, « petit minimum » d’humain (Iweala 2008 : 43), est devenu « un grand quelqu’un » (Kourouma 2000 : 34). Ahmadou Kourouma le faisait dire, ironiquement, au petit Birahima d’Allah n’est pas obligé : « L’enfant soldat est le personnage le plus célèbre de cette fin du vingtième siècle. » (Kourouma 2000 : 90) Personnage de films, héros de romans – y compris pour la jeunesse –, de pièces de théâtre, figure poétique également, le voilà devenu, en ce début de XXIe siècle, une « personnalité », faisant l’objet d’un traitement médiatique comparable, dans sa forme et dans son contenu, à celui réservé aux people. Ainsi la presse sensationnaliste lui accorde-t-elle régulièrement sa une et des reportages qui exploitent le potentiel horrifique de cette figure apparemment vendeuse et les mises en scène macabres qui optimisent sa photogénie, le poids des mots le cédant alors nettement au choc des photos.

Sa notoriété tendrait presque à faire oublier l’anonymat de cette figure, aussi familière qu’inconnue et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, toujours vaguement désincarnée : cette icône à la kalachnikov qui fait la couverture de nos magazines, c’est un peu l’enfant soldat inconnu, en sursis au moment la photo a été prise mais très certainement mort au moment où on la contemple – tel enfant soldat valant métonymiquement pour tous les autres, et valant toujours symboliquement pour autre chose que lui-même. Pour quoi exactement ? C’est ce que nous essaierons de comprendre ici, en nous demandant ce que l’on met derrière cette figure, ce que l’on charge l’enfant soldat de représenter, d’incarner.

Il semble en effet que si ce petit personnage inspire tant les romanciers et les artistes, c’est parce qu’il est un motif autour duquel se cristallisent certaines obsessions, tant et si bien que cet enfant, déjà surchargé par son barda, se trouve encore lesté par l’essaim de significations dont on sature chacune de ses apparitions. Ce sur quoi nous voudrions attirer l’attention en particulier, c’est sur un certain discours (occidental), non exempt de stéréotypes coloniaux ancienne manière, qui transite aujourd’hui dans certains romans et dans certains films, relayés par une certaine presse, et qui consiste à projeter sur cette figure de l’enfant soldat, de préférence africain, certaines lubies qui sont dans l’air du temps, et à en faire le symbole, sinon de ce que nous sommes, du moins de ce que nous voudrions être (ou ne pas être).

Telle est donc la question à laquelle nous tenterons d’apporter des éléments réponse : de quoi l’enfant soldat, véritable icône culturelle, est-il aujourd’hui l’emblème ?