L'enfant-combattant. Pratiques et représentations - Colloque

 

02- Farid Ameur - Les enfants combattants de la guerre de Sécession (vidéo)

Cette communicaton vise à retracer l’expérience des enfants-soldats lors de la guerre civile américaine, connue en Europe sous le nom de guerre de Sécession, laquelle a opposé, pour mémoire, les Etats du Nord à ceux du Sud entre 1861 et 1865. C’est un épisode capital dans l’histoire des Etats-Unis, une tragédie nationale qui a fait environ 620.000 morts mais qui aura servi d’une part à abolir l’esclavage, de l’autre à cimenter la jeune nation américaine en préservant les fondements d’une république dont Alexis de Tocqueville venait de prédire l’essor.

S’intéresser ici aux enfants combattants paraît tout à fait pertinent. D’abord parce qu’à la veille du conflit, si l’on en croit les chiffres du recensement fédéral de 1860, la population américaine se caractérise par sa jeunesse. Environ 40 % des Américains ont moins de dix-huit ans, un ratio qui témoigne entre autres de la hausse de la croissance naturelle enregistrée dès le début des années 1840.

De plus, la guerre de Sécession a été largement soutenue, non pas par des armées professionnelles, mais par des volontaires, c’est-à-dire des civils, venus de tous les horizons, qui ont quitté provisoirement leurs foyers, leur travail, pour répondre à l’appel sous les drapeaux pendant une durée déterminée. A cette époque, les Etats-Unis sont encore une nation privée de traditions militaires. Les troupes régulières qu’entretenaient le gouvernement fédéral ne comptaient que 16.000 hommes et, pendant le conflit, elles n’ont formé qu’un noyau déjà versé dans la pratique du métier.

Aussi, dans les deux camps, ce sont essentiellement de jeunes gens qui ont été les plus prompts à s’engager. Au total, trois millions d’hommes ont porté l’uniforme bleu de l’Union ou gris de la Confédération, pour les deux tiers dans les forces nordistes. D’après les meilleures études, la moyenne d’âge de tous ces combattants est de 23 ans, ce qui explique que le conflit ait été appelé parfois « The Boys’ War ». Au cours de cette guerre, on a vu des colonels de 20 ans et des généraux à peine plus âgés. Le plus célèbre, c’est bien sûr George Armstrong Custer, qui s’illustrera plus tard en combattant les Indiens, et qui a gagné au feu ses étoiles de général de brigade à seulement 23 ans, d’où son surnom de « Boy General ».

Cette analyse ne s’intéresse qu’aux mineurs, aux moins de 18 ans. Ils auraient été près de 100.000 à avoir porté les armes, soit 3.5 % des effectifs totaux, ce qui est une proportion exceptionnelle. Au-delà de leur nombre, ces enfants, ces « Fighting Children », ont tôt fait d’attirer l’attention de leurs contemporains, au feu comme à l’arrière. Qu’ils aient été troupiers, tambours, clairons ou estafettes, ils sont le reflet d’une époque troublée, en l’occurrence d’une militarisation sans précédent de la société américaine et d’un processus de « brutalisation » qui intervient au moment où la république outre-Atlantique traverse son moment suprême d’épreuve. La guerre de Sécession, vous le savez sans doute, a droit au titre de première guerre totale de l’Histoire ; c’est la première lutte à avoir engagé toutes les ressources humaines et matérielles des belligérants.