Quand les enfants écrivent les génocides : théories – textes – témoignages - Colloque

 

08 - Aurélia Kalisky - La fiction comme « essence » de l'autobiographique dans les poétiques de l'enfance traquée (vidéo)

Aurélia Kalisky (Paris)

Quand tremblent les pactes. La fiction comme « essence » de l'autobiographique dans les poétiques de l'enfance traquée


Dans son Journal de Galère, Imre Kertész résumait en 1984 un des sens profonds de l’écriture de son « roman testimonial » sous la forme d’un paradoxe : « Le plus autobiographique dans ma biographie est qu’il n’y a rien d’autobiographique dans Etre sans destin. Ce qui est autobiographique c’est comment j’ai, au nom de la Vraisemblance, laissé de côté tout ce qui était autobiographique ». Une décennie plus tard, Georges-Arthur Goldschmidt essayait, sur un mode non moinsparadoxal, de repenser l’autobiographique à l’aune du testimonial : «La situation autobiographique », écrivait-il dans « l’Etonnement
d’être » (1995), « n’entraîne nullement une quelconque autobiographie. C’est exactement le point où débute la fiction, où elle se substitue au témoignage ». Ces deux interprétations des relations entre «témoignage », « fiction » et « autobiographie » seront pour nous le
point de départ d’une réflexion sur certains textes d'auteurs qui furent enfants cachés ou en fuite pendant le génocide de Juifs d’Europe.

Le jeu subtil de croisement, de recouvrement partiel, voire de mise en contradiction entre pacte autobiographique et pacte testimonial est peut-être l’un des traits distinctifs à part entière du témoignage littéraire. Mais l’expression artistique des enfants survivants de la
Shoah a quelque chose de singulier, qui fait vibrer la littérature de manière tout à fait unique. Elle doit nécessairement construire un pont entre le témoignage (stricto sensu) et l’imaginaire. Entre l’expérience et le vécu. Entre le strictement autobiographique et
l’intégralement fictionnel. Cette singularité tiendrait-elle à un ensemble de traits qui séparerait la mémoire enfantine de l’événement de celle d’une mémoire adulte ? Si cette singularité de la perception des enfants existe, définit-elle pour autant une ressemblance dans leur écriture, une parenté littéraire, ou mieux encore, des traits poétiques communs ?
Ce n’est qu’avec un certain recul que l’on peut voir se dessiner une « famille » littéraire, caractérisée par une certaine poétique, elle-même née d’une certaine expérience de la vie et d’une pratique de la littérature. Si une telle poétique de l’enfance traquée existait, elle se caractériserait au premier abord par un trait « négatif », soit par la mise en défaut de tout pacte stable. Existe-t-il une telle famille des enfants cachés, et une poétique commune de l’enfance traquée ? Et comment voir dans la mise en défaut des pactes une forme
de poétique « positive » ? Nous explorerons l’hypothèse d’une « poétique du tremblement », qui confèrerait aux textes littéraires nés de l’expérience de l’enfance traquée une forme toujours composite, complexe, voire problématique, mais une forme renouvelant profondément la littérature au XXe et XXIe siècle.

Conflit : Tous conflits 20-21e s
 

Auteur : Silke Segler-Meßner, Isabella von Treskow dir.
Date : 1902-2001
Discipline: Littérature