Quand les enfants écrivent les génocides : théories – textes – témoignages - Colloque

 

10 - Judith Kasper - Fort - da. Le trauma, le jeu et la littérature (vidéo)

Judith Kasper (Universitäten Potsdam/München)

Fort - da. Le trauma, le jeu et la littérature

 

«Enfant» vient du latin «infans»: le petit enfant, muet ou balbutiant; ce qui définit l’enfant depuis toujours dans son rapport avec la langue, et indique un stade ou un moment pré-symbolique du linguistique. La littérature en garde une mémoire spécifique dans la mesure où elle a lieu exactement là où la parole rencontre encore une fois son propre mutisme, son propre balbutiement. Si nous acceptons l’idée d’une «poétique de l’enfance» (Coquio/Kalisky), ce n’est donc pas tellement dans le sens d’un discours forgé à partir d’une perspective enfantine, mais plutôt comme ce qui est essentiellement « enfant » dans la littérature en tant que telle.

Face au génocide (mais un « face » au génocide n'est-il pas douteux?), l’«être-enfant de la littérature» déjoue depuis toujours l’idée d'un savoir à ce sujet (fût-il partiel ou complet, acquis ou manquant et donc encore à acquérir), car l’enfant, tout comme l’adulte, assistant à une atrocité ou subissant une perte, n’a pas les moyens d’en entrevoir l’impacte réel. Dans un premier moment – et ceci est particulièrement vrai pour les enfants – les petits drames quotidiens et les effets atroces d’un génocide programmé risquent de ne pas se distinguer au niveau de la psyché qui en est affligée. Ce n’est que plus tard, après coup, que, la perspective changeant, le trauma survient comme un décalage insurmontable entre l’expérience, la réaction immédiate à cette expérience et le savoir acquis a posteriori.

S’il y a une position spécifique de la littérature dans ce contexte, position qui la distinguerait de l’état des lieux et de la documentation (même si la littérature y a toujours contribué), c’est qu’elle s’installe justement dans ce clivage déchirant et cherche, avec ses moyens spécifiquement poétiques et de manière toujours inédite, à instaurer, un rapport à cette absence-de-rapport entre l’expérience enfantine et le savoir adulte. Dans mon intervention j’interrogerai ce rapport à l’absence-de-rapport entre enfance et savoir, entre mutisme et parole à partir d’une lecture croisée entre Freud, Perec, Kertèsz et Goldschmidt.

Conflit : Tous conflits 20-21e s
 

Auteur : Silke Segler-Meßner, Isabella von Treskow dir.
Date : 1902-2001
Discipline: Littérature