Dessins d'enfants juifs de Theresienstadt et d'Auschwitz - 1942-1945

 

Thème 2 - Les camps nazis avec des yeux d’enfants

Il arrive que les enfants juifs de Theresientadt dessinent le camp plutôt que des paysages imaginaires ou appartenant à un monde désormais inaccessible. Ils dessinent leur quotidien: le camp c’est d’abord l’expérience de la séparation d’avec les parents, il y a donc effondrement de la cellule familiale. Désormais, les enfants sont seuls pour surmonter leurs peurs et leurs angoisses. Ils sont enfermés dans un camp caché des regards du monde extérieur, du monde d’avant. Ils ne peuvent espérer se sauver comme ils ne peuvent espérer être sauvés par des civils vivant à proximité. Ils endurent la faim, et doivent apprendre à « s’organiser » pour obtenir quelques suppléments aux maigres rations journalières ce que leurs dessins montrent. Les enfants en dessinant ou en écrivant sur leur vie en camp mettent à la fois en forme et à distance le terrible de leur nouvelle réalité. Le dessin devient donc un outil dans leur processus d’adaptation à l’univers concentrationnaire. Ils apprirent les règles régissant leur quotidien en camp, ils s’y plièrent et acquirent le savoir commun aux détenus des camps prouvant ainsi qu’ils étaient parfaitement conscients des dangers de l’univers concentrationnaire. Si les enfants ne pouvaient saisir la portée « idéologique » du raisonnement qui avait fait de leur vie un « problème à régler », leurs dessins montrent qu’ils comprirent les enjeux de leur survie en camp. Ce dont rendent compte ces dessins c’est la découverte d’un univers nouveau où l’humiliation, la peur, la violence sont quotidiennes: les coups, les châtiments, les cris et les humiliations journalières sont parfaitement dépeints par Thomas Geve. La peur d’être la victime personnelle de ces violences provoque quelques effets de disproportion dans la représentation graphique. Ces disproportions rendent directement compte de la crainte et du rapport de force excessivement inégal que subissent les enfants. Ceux qui frappent sont les gardes S.S à Auschwitz ou Buchenwald, à Theresienstadt ce sont les membres de la « Ghettowache »: la garde du ghetto. Dans ce dernier camp, les nazis ont instauré une administration autonome juive où « jüdische Selbsterverwaltung », en fait, délégation du pouvoir anonyme des S.S elle est modelée selon leurs conceptions. Ainsi, est mise en place, à partir de septembre 1942, pour maintenir l’ordre et la discipline dans cet espace surpeuplé la garde du ghetto. Elle est composée de policiers juifs, pour la plupart de jeunes hommes ayant effectué leur service militaire dans l’armée tchécoslovaque. Ils portent une casquette à bande jaune, et une petite plaque « GW » et sont armés d’une petite matraque. Les enfants représentent cette autorité spécifique au camp-ghetto qui de trente-cinq membres au moment de sa création passe à plus de quatre cents en juin 1943. S’ils ne confondent pas cette autorité avec le véritable bourreau: le S.S il leur est plus facile de représenter le garde juif, car c’est lui qu’ils voient et à qui ils sont confrontés le plus souvent. Il est donc plus facile pour eux d’en faire leur « ennemi ». Le garde du ghetto n’est pas comme le S.S. objet de crainte, de menace ou de peur, mais incarnant l’autorité, il devient pour les enfants « le premier » (entendu comme avant-même le S.S.) catalyseur de leurs sentiments de haine et de violence. Dans les camps, ce qui saisit les enfants c’est la confrontation journalière avec la mort. Ils dessinent la mort, les différents visages qu’elle prend selon les camps et les situations. Pour les enfants juifs de Theresienstadt c’est la vue des cadavres dans la rue et des corps transportés en charrette jusqu’au four crématoire. Pour Thomas Geve, ce sont les corps pendus à la potence de ceux qui tentèrent de s’évader, ou les corps des camarades abandonnés sur le chemin lors des marches de la mor,t au moment où les internés sont évacués vers d’autres camps. À cette confrontation directe avec la mort, s’ajoute une représentation imaginée de la mort à partir de ce qui est rapporté dans les conversations: « les chambres à gaz » d’Auschwitz Birkenau, ou « la baraque du crime » du camp de Buchenwald où les exécutions se font d’une balle dans la nuque. Passé le choc, la mort devient le quotidien, et dans leurs dessins les enfants juifs semblent dépasser leur effroi pour faire preuve d’un grand réalisme visuel voire d’un certain cynisme face à ce qui n’est plus pour eux un concept empreint de sacralité mais une réalité aussi triviale qu’absurde.

Conflit : Seconde Guerre mondiale
 

Auteur : Emilie Lochy, Annette Becker, Philippe Mesnard dir.
Date : 1939-1945
Discipline: Histoire


 

Collections :

Ressources :