Dessins d'enfants juifs de Theresienstadt et d'Auschwitz - 1942-1945

 

Thème 3 - Dessiner le Bourreau

Si les enfants juifs ont conscience d’un univers désormais limité, plus que les barbelés, ils savent que la vraie barrière est humaine et incarnée par les gardes S.S . Pour ceux qui, comme Thomas Geve, ont vécu dans les camps sous l’autorité des gardes S.S., celui-ci est le véritable bourreau. Les enfants le représentent jusque dans les moindres détails, avec un souci aigu de vraisemblance. Pourtant la représentation graphique du S.S n’échappe pas à la distorsion opérée par les sentiments de peur, d’angoisse et de crainte que le personnage suscite dans la réalité. Le S.S est droit, rigide et menaçant dans les dessins d’enfant. Mais il ne perd pas sa qualité d’être humain, il n’est ni rendu monstrueux, ni caricaturé, ni même enlaidi, les enfants juifs le craignent tel qu’il est. Dans la représentation du S.S chaque détail que font figurer les enfants juifs :l’uniforme, les bottes, les armes, les insignes soulignent le rapport de force totalement déséquilibré qu’il existe entre eux et leurs bourreaux. Il y a ceux qui ont les armes et ceux qui n’en ont pas, c’est cette dichotomie que les enfants dessinent. Dans les camps il n’y a pas d’affrontement entre « les gentils » et les « méchants » ce n’est pas la guerre que les enfants juifs représentent, mais la réalité de l’enfermement. Désormais, il y a d’un côté ceux qui ont le pouvoir de tuer ou de laisser vivre et ceux qui survivent. Il y a les puissants, dans les dessins ils sont grands et forts, et les impuissants petits et maigres. Il y a les bourreaux et les opprimés. Le bourreau n’est pas celui qu’on affronte, mais celui à qui l'on essaye d’échapper: échapper à son regard, à ses cris et ses insultes, à ses coups de pied, de poing, de crosse, de matraque, de fouet, de feu. Le SS est représenté avec ses armes dans ses gestes et ses postures; autant d’attitudes corporelles révélatrices de ses intentions, de la peur qu’il suscite et de la menace qu’il constitue pour l’enfant. Dans les dessins le bourreau est toujours en mouvement, il compte, surveille, inspecte, ordonne, menace, frappe et tue. Il est tellement droit face aux détenus courbés qu’il en ressort une impression de rigidité. Mais le S.S. est aussi celui que les enfants rêvent d’affronter, de tuer. Dans le camp de Buchenwald la résistance était développée et les détenus se sont libérés en attaquant leurs gardes S.S quelques heures avant l’arrivée et le soutien des troupes alliées, le 11 avril 1945. Thomas Geve vit ce moment unique où le bourreau redevient « ennemi ». L’ennemi est vaincu. Le rapport de force s’inverse. Dans les dessins le S.S n’est plus armé, il n’est plus si grand, il n’est plus aussi fort: la terreur cesse.

Conflit : Seconde Guerre mondiale
 

Auteur : Emilie Lochy, Annette Becker, Philippe Mesnard dir.
Date : 1939-1945
Discipline: Histoire


 

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