Dessins des enfants de Montmartre

 

Thème 1 - La mobilisation scolaire

Octobre 1914. A leur retour des grandes vacances, les enfants de Paris découvrent une école nouvelle, profondément bouleversée par le conflit qui a éclaté en août. Nombre d’instituteurs sont partis au front, remplacés pour la première fois par des femmes. A la mobilisation des maîtres s’ajoute celle du matériel scolaire et du contenu de l’enseignement. Les cartes du front font leur apparition au tableau, afin de suivre la progression des troupes jour après jour ; les cahiers sont recouverts de nouveaux protège-cahiers exaltant les spahis algériens ou les tirailleurs sénégalais. La guerre envahit littéralement l’espace de la classe et le contenu des enseignements : leçons d’histoire et de géographie, dictées d’orthographe, exercices de calcul sont imprégnés par l’actualité, jusqu’aux sujets de rédaction qui sollicitent l’expérience personnelle des enfants, en leur demandant de s’adresser aux soldats qui sont au front.

Second lieu de vie des enfants, l’école devient ainsi dès 1914 le vecteur principal d’un discours qui a pour objectif de leur expliquer la guerre et de les mobiliser, au sens propre, pour en faire des « petits poilus » de l’arrière. Les enfants dessinent donc ce qu’ils entendent chaque jour et partout, reproduisant avec leurs mots et leurs crayons un discours de foi patriotique et de haine xénophobe taillé à leur mesure. La propagande a une fonction simple : expliquer et justifier cette guerre aux yeux des enfants. Leurs pères, leurs frères combattent pour le Droit, pour la Civilisation, contre la Barbarie. La précision avec laquelle les enfants retranscrivent les codes de la propagande s’explique aisément par l’omniprésence de ce double discours patriotique et germanophobe. Ils sont en effet largement sollicités par l’école, par la presse, par les adultes en général, mais aussi par leurs jeux, leurs jouets, leurs livres d’images et leurs illustrés. A l’école, la mobilisation passe d’abord par les leçons ; mais elle emprunte aussi des chemins plus subtils comme la gymnastique hebdomadaire ou les quêtes au profit des soldats.

Merci à Parigramme qui a la courtoisie de nous laisser exploiter gratuitement ses clichés