Dessins des enfants de Montmartre

 

Thème 2 - L'absence des pères

La guerre est d'abord pour les enfants une expérience de l'absence. Quelle que soit leur réaction à l'annonce de la guerre - panique ou enthousiasme - la véritable prise de conscience se fait généralement avec le départ des hommes : à ce moment-là, la guerre devient tangible. Les enfants comprennent le changement radical de la situation politique et, du même coup, celui de leur environnement familial et familier. Du point de vue de la vie familiale, la Grande Guerre intensifie et étend à toutes les classes sociales une pratique nouvelle, celle de la correspondance familiale. Au sein de cette pratique assurément neuve, jouant pleinement son rôle de « sang des familles », pour reprendre l'heureuse expression de Michelle Perrot, c'est sans doute la relation entre les pères et leurs enfants qui se trouve le plus fondamentalement renouvelée.

L'absence des pères est une expérience plurielle : après le temps du départ vient celui de l'attente, souvent longue. Attente des nouvelles, puis, à partir de juillet 1915, attente des permissions. Quant au retour, il peut être temporaire ou définitif - pour cause de blessure, d'armistice mais aussi pour cause de mort. L'absence devient éternelle et le temps du deuil commence. Dès 1914, année la plus meurtrière de toute la guerre, les enfants font l'apprentissage de la mort de masse. Bien vite, les rues de Paris sont envahies par les signes extérieurs de deuil, souvent impressionnants : voiles noirs des femmes, brassards des hommes, tentures accrochées aux entrées des immeubles - Il occupe de ce fait une place importante dans les dessins de la rue Sainte-Isaure ; une place sans doute proportionnelle à celle qu'il prend dans la rue, dans la ville. On estime aujourd'hui que les quelque 1 300 000 Français morts ou disparus laissèrent 600 000 veuves et environ 1 100 000 orphelins. La France fait d'ailleurs figure d'exception en créant à partir de 1917 un statut particulier de prise en charge des orphelins de guerre, celui des Pupilles de la Nation.

Merci à Parigramme qui a la courtoisie de nous laisser exploiter gratuitement ses clichés