Littérature et revues enfantines de la Guerre de 14-18

 

Thème 1 - Fillette : Un périodique propagandiste (1915-1918)

Fillette allie l’élégance du trait à l’idéologie patriotique du texte. Premières et quatrièmes de couverture exercent une réelle captation par l’accroche des titres. Outre le souci accordé aux dessins et aux enluminures des intitulés, il faut relever le recours à différents genres littéraires chargés d’entretenir la diversité des lectures sans ennuyer.

Les premières de couverture aux couleurs chatoyantes et aux arabesques art déco flattent le regard. Les personnages saisis en mouvement génèrent une lecture dynamique. Elles suggèrent la situation de l’Alsace-Lorraine et la nécessité d’agir, comme dans Les enfants de l’otage (feuilleton du 14 novembre 1915 au 19 août 1916). C’est l’histoire la plus longue du magazine (8 mois), parue presque simultanément à l’invasion de la Belgique. Le décalage entre le temps du récit et le temps historique est suffisant pour établir une distanciation. Exposer aux lectrices de Fillette la situation de leurs consoeurs belges les rassure sur leur condition privilégiée et favorise l’identification aux deux petites héroïnes. La violence leur est exposée à travers les protagonistes victimes des soudards ennemis.

Parallèlement aux aventures de première de couverture, les histoires de quatrième de couverture entretiennent un suspense, fondé sur les mêmes ressorts narratifs et formels. Leur nombre est équivalent puisque l’on en répertorie onze en quatre ans, toutes issues d’une inspiration cocardière et révolutionnaire. Cette orientation historique déplace le conflit contemporain dans une période de référence pour les pédagogues de 14-18: la Révolution et la Première République. Les jeunes lectrices sont invitées à se considérer comme les héritières des premières républicaines. Les quatrièmes de couverture, originellement sous forme de B.D. en couleurs (vignettes avec cartouche) et non de récits imagés comme les premières de couverture, sont publiées en noir et blanc à partir de mars 1916, par souci d’économie.

Les titres focalisent sur la féminité et la bravoure, associant un prénom féminin au courage nonobstant la jeunesse (Blondinette la petite héroïne de 1914), signalant le statut du lecteur (enfant et fille) à travers un attribut ludique (La poupée aux yeux de jade), une expansion du nom ou une notation spatiale (Edith la Rose du Val d’argent, Coco et Zette dans les tranchées). Ils exaltent la combativité féminine et placent l’enfant au centre des conflits(Française et mère, Bataille de fillettes).

Pour cela, différents genres littéraires sont convoqués : récits longs en images et formes brèves composent un continuum narratif belliqueux. Les histoires à long terme cherchent à fidéliser les lectrices par des rebondissements. Les formes brèves (histoires dramatiques, nouvelles, réécritures de contes, apologues, poèmes) sont destinés à satisfaire immédiatement la curiosité par leur facture. Les lectrices de Fillette doivent trouver des modèles exemplaires de comportement patriotique dans leurs lectures théâtrales comme dans les nouvelles qui mettent femmes et fillettes sur un piédestal. Des préjugés germanophobes sont générés et entretenus par des micro-B.D. au comique farcesque. Fillette est un journal sexué qui propose des héroïnes de guerre pour des lectrices en guerre, qui banalise la brutalisation et n’élude la mort.