Littérature et revues enfantines de la Guerre de 14-18

 

Thème 2 - Fillette : Les protagonistes de Fillette

Fillette propose une héroïne phare, « l’espiègle Lili », emblème du magazine. Les personnages féminins occupent essentiellement le devant de la scène tandis que l’ennemi essuie les quolibets des auteurs et illustrateurs.

Elisabeth-Alice-Amélie-Elise-Marie-Line d’Orbois dite « Lili » appartient à une famille aisée, d’un statut social supérieur à celui de ses lectrices, souvent issues de milieux modestes et qui rêvent de lui ressembler. La blondinette coiffée d’un béret a pour père littéraire Joseph Valle, dit Jo Valle : il invente une petite fille turbulente. Cette dissipation oblige ses parents à la mettre en pension en Angleterre. C’est là que nous la retrouvons dans les quatre premiers numéros de Fillette en 1915, sous le titre L’espiègle Lili en Angleterre. Le 31 janvier 1915, Jo Valle aborde une nouvelle période de la vie de l’héroïne en intitulant tous les épisodes de 1915 à 1919 L’espiègle Lili pendant la guerre. Les aventures de l’espiègle Lili se présente sous la forme d’une B.D. en douze petites vignettes rectangulaires qui surmontent un cartouche de six lignes environ. Le dessin, peu précis est produit par André Vallet, qui a imaginé en accord avec Jo Valle, les traits de la jeune fille élancée aux longs cheveux blonds, souvent dessinée en mouvement dans une robe courte ceinturée à la taille.

La lecture de Lili favorise une acculturation guerrière: Joe Valle et André Vallet conjuguent discours patriotiques de mobilisation, portraits charges et caricatures pour stigmatiser l’incompétence germaniques et la couardise de certains Français. Les aventures composent un roman feuilleton miroir qui entraîne les lectrices dans un périple initiatique. Lili surmonte les épreuves psychologiques de l’absence paternelle et de la dépression maternelle; elle met à profit son ingéniosité, réalisant seule les étapes d’une maturation vers l’âge adulte. Lili offre aux lectrices un modèle d’engagement dans l’effort de guerre.

Les autres protagonistes romanesques de Fillette se caractérisent par leur féminité, leur âge (10 ans environ) et leur condition sociale modeste. De plus, afin de souligner l’extension mondiale du conflit et une éthique belliciste, ils subissent parfois un déplacement géographique et historique, support d’une réflexion universelle opposant le barbare lâche au civilisé audacieux. « Sans peur et sans reproche », les fillettes affrontent le colosse allemand. Les images insistent sur le décalage physique au profit de l’ennemi, et intellectuel en faveur de l’enfant rusée. Confrontées à des situations paroxystiques, les héroïnes offrent un exemple de mobilisation tous azimuts.

Du militaire « boche » à l’enfant « boche », la haine antigermanique est généralisée à tout le peuple allemand: les femmes et les enfants ne sont pas épargnés et font les frais d’une ironie cinglante. La stigmatisation des dissensions allemandes entend rassurer le lectorat sur l’issue de la guerre que ne peuvent gagner des incompétents, comme le suggèrent les B.D. satiriques exposant sur le mode hilarant la cupidité de l’Allemand irréfléchi et pilleur. Sans la distanciation ironique, l’exposition serait monstrueuse. Elle prête à rire pour mieux encourager à poursuivre l’effort de guerre.