Littérature et revues enfantines de la Guerre de 14-18

 

Thème 3 - Fillette : La guerre au coeur du quotidien

La guerre s’introduit dans les histoires, les dessins, les publicités de Fillette. Elle phagocyte littéralement les lectures enfantines.

Tout d’abord le public féminin est vivement sollicité par des apostrophes flatteuses l’associant aux combattants et lui donnant bonne conscience. Ensuite, la guerre s’immisce dans les rubriques féminines, « Mode », « Les heures de l’aiguille », « Sac à malices »: elles proposent des recettes de bon aloi en temps de guerre pour les futures ménagères que sont les lectrices. La visée récréative n’est jamais dénuée d’une pensée patriotique sous-jacente. En cousant ou en tricotant, les lectrices œuvreront à l’effort patriotique. Dans le n°357 du 10 janvier 1915, elles sont vivement incitées à poursuivre leur effort de guerre : « Petites amies, vous avez déjà confectionné quelques vêtements chauds pour nos chers soldats, cependant il faut penser qu’il n’y en aura jamais assez. »

De plus, la guerre contamine les jeux et le courrier, instaurant une balance permanente entre lucidité et « ludicité » grâce aux rubriques: « Fillette s’amuse », « Echanges ». Le rappel historique et l’hommage aux morts passent par le jeu. On distingue les publicités frivoles et commerciales des réclames qui annoncent des publications littéraires de circonstance. Même en matière de soins de beauté les Alliés rassurent les fillettes. Le public féminin est ingénieusement incité à l’effort de guerre.

Les publicités patriotiques dessillent les yeux des fillettes sur l’actualité guerrière pour les sensibiliser à l’appel aux marraines de guerre comme la représentation conventionnelle du Poilu parue dans le n° 407 du 26 décembre 1915. On retrouve régulièrement une main tendue aux démunis à travers les sollicitations des « Mères, Sœurs, Femmes, Marraines » afin qu’elles contribuent au salut de la France et de ses soldats en envoyant 9,50 francs en échange d’ « un capuchon de couleur bleu horizon absolument imperméable » pour protéger le Poilu. Afin d’éviter tout reproche de mercantilisme, le magazine nie l’idée de profit personnel et de but lucratif, en invoquant la solidarité de l’arrière avec l’avant. Le discours belliqueux est instrumentalisé à des fins commerciales et œuvre parallèlement au bourrage de crâne. Il faut d’abord faire appel à la générosité des lectrices, attirer leur regard et les inciter à la solidarité.

Les lectrices sont orientées vers des lectures manichéennes et antigermaniques. Elles sont appelées au devoir de mémoire par des publicités littéraires à valeur testimoniale et mémorielle.